Tout Animal est un Être Sensible

Face aux dernières atrocités publiées sur les réseaux sociaux et relayées par les médias (le chien retrouvé noyé à Bora-Bora, le chien jeté au bord de route à St Hilaire la colonne vertébrale brisée), je ne pouvais pas rester indifférente face à tant de cruauté et d’indifférence à la Cause Animale, et je voulais partager avec vous une réflexion sur l’éthique animale.

Qu’est-ce que l’éthique animale ?

C’est un courant de philosophie morale qui se définit comme l’étude de notre responsabilité à l’égard des autres animaux. Les animaux ont-ils des droits? Ont-ils un statut moral? Notre responsabilité vis-à-vis d’autrui s’arrête-t-elle soudain aux frontières de notre propre espèce? Jusqu’où tenir compte de tous les individus capables de souffrir?

TNTV BORATrop théorique pour vous ? Et pourtant ces questions déterminent nos façons d’agir vis-à-vis des animaux dans la vie de tous les jours. Pour revenir à cette macabre découverte à Bora-Bora, il est clair qu’elle incite à des réflexions sur l’éthique animale en Polynésie. Force est de constater que la question animale, bien qu’elle semble émouvoir un plus grand de personnes aujourd’hui, reste marginale et délaissée des pouvoirs publics. Hormis quelques bénévoles et associations de Protection Animale qui se démènent pour réduire la souffrance animale sur le territoire, aucune mesure d’envergure ne va actuellement dans le sens du respect de la vie sous toutes ses formes. Vous allez me dire que ce n’est pas vrai, qu’une fourrière va ouvrir par exemple à Punaauia. Mais qu’est-ce qu’une fourrière ? C’est une structure où sont enfermés, pendant une durée limitée, les animaux abandonnés ou errants recueillis sur la voie publique. Leur sort si personne ne les réclame ? L’euthanasie.

Et qu’en est-il de la mise en place d’une campagne de sensibilisation sur la Protection Animale en amont ? Et d’une campagne de stérilisation qui permettrait d’éradiquer de manière durable le problème de la surpopulation animale en Polynésie ? Avec le budget de 66 millions de francs CFP alloué à la fourrière et un budget prévisionnel de fonctionnement de 30 millions frs CFP/an, n’aurait-on pas pu entrevoir des solutions bien plus efficaces en amont ? Non, le choix s’est tourné vers des mesures répressives en aval qui condamnent, non pas les maîtres indifférents au sort de leurs animaux, mais les animaux à la mort. Aucune action donc pour modifier les comportements dans le moyen/long terme…On continuera ainsi à ramasser les chiens divagants, les portées trop nombreuses balancées aux quatre coins de l’île; on continuera à constater les actes de barbarie et les plaintes qui n’aboutissent pas … Aucun changement à prévoir sans traiter le problème à la source…

Des individus sensibles et conscients

Pourtant, c’est un fait : les animaux ne sont pas des choses. En tant qu’individus ayant une vie psychologique, émotionnelle et affective, ce sont assurément des personnes au sens philosophique. Comme nous, les autres animaux peuvent vivre une existence paisible et satisfaisante, mais ils peuvent aussi souffrir, s’ennuyer, être effrayés ou stressés. Comme nous, ils manifestent un attachement à leur propre vie, à leur intégrité physique et à leur liberté de mouvement[1].

Si la science reconnaît que les animaux sont des êtres sensibles qui ressentent ce qui leur arrive, leur sensibilité n’est reconnue dans le droit français que depuis 1976 (article L-214 du Code rural[2]), dans le droit européen depuis 1992 (Protocole d’Amsterdam) et depuis le 28 janvier 2015 seulement dans le Code civil français. A l’issue d’un congrès à l’université de Cambridge, un cortège de scientifiques internationaux renommés ont signé le 7 juillet 2012 une Déclaration de conscience des animaux Elle établit que «les humains ne sont pas les seuls à posséder les substrats neurologiques qui produisent la conscience. (…) Tous les mammifères, les oiseaux, et de nombreuses autres créatures, comme les poulpes, possèdent aussi ces substrats neurologiques»[3]

Le Spécisme, un Fléau pour la Cause Animale

Si le sort des animaux domestiques reste préoccupant et de surcroît en Polynésie française, le sort des animaux d’exploitation lui est catastrophique. Victimes de spécisme, ils sont 60 milliards d’animaux terrestres et 1000 milliards d’animaux marins à mourir chaque année sur terre dans l’indifférence la plus totale. Si si, vous avez bien lu, 60 Milliards et 1000 milliards.

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Cette image vous choque? C’est pourtant une parfaite illustration du spécisme qui est la discrimination basée sur l’espèce, qui fait de l’espèce en soi un critère justifiant la violation de ces droits fondamentaux (exploitation, violence, oppression et meurtre).

Les animaux vivent l’enfer et une mort violente prématurée en fonction de valeurs marchandes et de tendances humaines liées par exemple à la bourse, à la mode ou à des tendances culinaires. Ils doivent assurer au quotidien nos « besoins » alimentaires, notre « confort » ou notre « divertissement ». Dans une société de la surconsommation, les animaux deviennent de simples objets de production qui doivent répondre à la demande du consommateur copieusement invité à surconsommer.

L’être humain est ainsi spéciste, il aime et protège les animaux ou exploite et tue les animaux en fonction de critères familiaux, religieux et culturels.

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Quel avenir pour la Cause Animale en Polynésie ?

Pourquoi aborder ce sujet à l’heure actuelle en Polynésie où même le sort des animaux domestiques n’intéresse pas grand monde ?

Face à l’inertie des Pouvoirs Publics, il est grand temps d’enlever nos œillères et d’agir chacun à notre niveau en nous interrogeant déjà sur les conséquences de nos modes d’action au quotidien. Car nous avons réellement le pouvoir de changer les choses tous les jours.

Elodie, bénévole du SPAP a relaté aujourd’hui le cas d’un chiot retrouvé au bord de route à St Hilaire la colonne brisée et attaqué par les mouches et les vers. Pourquoi personne ne s’est arrêté avant Elodie? Combien de personnes sont passées devant ce chiot et l’ont laissé agonisé?

ARRÊTONS DE FERMER LES YEUX et AGISSONS face à la MALTRAITANCE ANIMALE !

On critique l’indifférence de tous ces individus face à ces agressions que l’on voit dans d’autres pays, dans les métros par exemple où personne ne bouge… Tout le monde s’indigne sur les réseaux sociaux, ah ça! Mais personne ne bouge dans la « vraie vie »!  Nous faisons exactement pareil ici à Tahiti…Et ça commence avec les animaux…De quoi avons nous peur au juste? De laisser des individus détraqués en liberté dans cette société? Ou alors on pense « ce n’est qu’un chien? » Parce que quelqu’un capable de faire ça à un animal n’est pas un individu dangereux en société peut-être?

Comment appliquer les valeurs d’empathie et de respect si nous ne nous attaquons pas aux racines du mal ? Agir en adéquation avec nos valeurs, c’est à la portée de tous. Et ça commence par nos gestes du quotidien, pour Eux, Êtres sensibles et conscients.

Et pour ma part, voilà pourquoi j’ai fait le choix du véganisme, c’est parce qu’il travaille à la racine de toutes les violences, celle faite aux animaux. Car de Gandhi, Albert Schweitzer, Théodore Monod à Angela Davis, Matthieu Ricard ou aux antispécistes contemporains, la question animale apparaît comme un mouvement d’élargissement aux membres d’autres espèces d’un altruisme humaniste qui ne serait plus exclusif.

« On me demande parfois : Pourquoi dépensez-vous autant de votre temps et d’argent à parler de la bonté envers les animaux quand il y a tant de cruauté faite aux Hommes? Je réponds : Je travaille à ses racines. »

George T. Angell (1823-1909), homme de loi américain, défenseur des droits humains et animaux.

Merci d’AGIR avec nous

Réale, Représentante locale de L214 Ethique et Animaux et de l’Association Végétarienne de France

Notes de bas de Page

[1] Dominique Hofbauer, Co-rédacteur aux Cahiers antispécistes, éducateur en éthique animale chez GAIA (Global Action in the Interest of Animals)

[2] D’où le nom de l’association L214 Ethique et Animaux que je représente localement

[3] Dominique Hofbauer, op.cit

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