SALMONELLOSE quand tu nous tiens !

La salmonellose est une infection à une bactérie nommée Salmonella ou salmonelle. Les récents cas recensés localement nous permettent de nous interroger à nouveau sur les conditions de vie des poules pondeuses. Voici un article qui permet d’avoir une vision plus claire sur le sujet.

1/ LA RÉALITÉ DE LA VIE DES POULES PONDEUSES

LE COUVOIR

Les poules pondeuses sont issues d’une sélection génétique favorisant la production d’œufs : une poule pondeuse d’élevage pond environ 300 œufs par an alors qu’à l’état sauvage, une poule en pond en moyenne 60.

Quel que soit le mode d’élevage, les œufs éclosent dans d’immenses couvoirs. A l’éclosion, les poussins sont triés : les mâles (qui ne pondent évidemment pas d’œufs) sont éliminés, soit gazés, soit broyés. Les souches de gallinacés utilisées pour les élevages de poules pondeuses sont différentes de celles utilisées pour les poulets de chair (poulets élevés pour leur viande).

Les becs des femelles sont alors épointés généralement au laser. Le bec est un organe très sensible des poules et cette opération est douloureuse. Elle permet ensuite de parquer les poules ensembles par milliers ou à l’étroit dans des cages en limitant un peu le picage et le cannibalisme.

Les poussins sont élevés sans aucun contact avec leur mère, en groupes de quelques milliers d’individus tous du même âge : il n’y a pas de poules ou coqs adultes avec eux.

UNE VIE EN CAGE

A partir de 18 semaines, les poulettes sont placées dans les élevages de ponte. A une écrasante majorité (70%) elles sont enfermées dans des cages. 5% des poules sont élevées en volière sans accès à l’extérieur, 25% sont élevées en volière avec accès au plein air (7% en bio, 5% en label rouge, 13% en plein air). Dans chaque cage, 15 à 60 poules doivent vivre ensemble dans un espace si restreint qu’il y est difficile d’étendre les ailes et de se déplacer sans déranger les autres. Le sol est grillagé et occasionne des lésions aux pattes.

Les poules développent souvent des anomalies du comportement : mouvements stéréotypés prolongés, agressivité (voire cannibalisme) envers leurs congénères. Leurs os sont très fragiles à cause du manque de lumière et du manque d’exercice.

L’ABATTOIR

Après une année passée à pondre, ce qui représente environ 300 œufs pondus par poule, elles sont tuées dans un abattoir. A l’âge d’un an et 4 mois environ, qu’elles soient issues d’élevages intensifs en cage, d’élevages au sol, d’élevages en plein air ou bio, les poules finissent leurs jours à l’abattoir.

Les poules sont ramassées et entassées dans des caisses. Le ramassage, effectué à grande vitesse par des travailleurs recrutés pour l’occasion, donc souvent inexpérimentés, se fait rarement en douceur. Il occasionne fréquemment des fractures aux pattes, surtout pour les poules qui ont vécu un an en cage.

En France, le transport vers les abattoirs se fait parfois sur de longues distances pour aller là où le « cours de la poule de réforme » est le plus avantageux, mais elles sont rarement achetées plus de 15 centimes d’euro pièce par les abattoirs.

Là, elles sont sorties des caisses, suspendues conscientes à des crochets sur une chaîne automatique. Elles sont ensuite plongées dans un bain électrifié, saignées, déplumées, éviscérées puis conditionnées pour la consommation.

L’accrochage, l’étourdissement électrique et la saignée ne sont pas des opérations indolores. Elles occasionnent stress et souffrances à un grand nombre d’oiseaux.

QUELQUES CHIFFRES

  • Nombre de poules pondeuses dans les élevages en France : 47 millions
  • Nombre de poules pondeuses abattues chaque année : 40 millions
  • Age de mise en place des poulettes : 18 semaines
  • Nombre d’œufs pondus par poule : 300 en moyenne sur une année
  • Taux de mortalité en période de ponte : entre 5 et 12%
  • Age d’abattage : de 68 à 74 semaines
  • Mode d’élevage :
    • 70% en cage (33 millions de poules) : code 3 sur l’œuf
    • 5% en élevage au sol : code 2 sur l’œuf
    • 25% en élevage avec accès à l’extérieur (bio 7%, label rouge 5%, plein air 13%) : code 0 ou 1 sur l’œuf (1)

2/ LA FILIÈRE AVICOLE EN POLYNÉSIE FRANÇAISE

Selon un rapport de l’assemblée de la Polynésie française de juin 2018 (2), la consommation a été, pour une population de 268 207 habitants (recensement de 2012), estimé à près de 17.2 douzaines d’œufs par personne, ce qui correspond à la production de 0,8 poule par habitant et par an.

En 2017, la Polynésie française comptait 66 exploitations avicoles réparties sur l’ensemble des cinq archipels. Au premier trimestre 2018, 200 934 poules pondeuses ont été recensés.

Les plus grandes fermes avicoles de Polynésie française sont situées aux Iles du Vent. 90 % du cheptel de poules pondeuses (estimé à plus de 210 000 volailles) est concentré sur Tahiti et assure la majorité de la production d’œufs (4 millions de douzaines chaque année) pour approvisionner l’ensemble du territoire. Le nombre élevé de ces cheptels est supérieur aux besoins réels des habitants qui y vivent. Autrement dit, le nombre de cheptel sur Tahiti et Moorea est supérieur aux besoins de leurs habitants.

Crédit Photo DR

L’année 2017 a été difficile pour la filière avicole en Polynésie française. « Pour réguler efficacement le marché de la filière avicole, le gouvernement a mis en place un régime d’autorisation permettant la création ou l’extension d’élevage de poules pondeuses et le renouvellement de leurs cheptels avec les importations de poussins » a indiqué le rapporteur Joséphine Teakarotu.

En 2018, les représentants à l’assemblée ont adopté la délibération modifiant les règles encadrant les élevages avicoles. L’objectif pour le gouvernement est de « simplifier et de normaliser le fonctionnement de ce dispositif ». Ces autorisations sont aujourd’hui délivrées respectivement par la commission pour la création ou l’extension d’élevage de poules pondeuse et par la commission avicole.

Après les crises de l’année 2017 (Salmonellose, mortalité, fermetures d’exploitations car non conformes), le conseil des ministres a décidé d’ouvrir un quota d’importation de 286 770 poussins de race de poule pondeuse pour l’année 2018 au profit des aviculteurs de la Polynésie française, poussins en provenance de la Nouvelle Zélande notamment.

LA RÉCURRENCE DES CAS DE SALMONELLOSE

La salmonelle est un genre bactérien composé de bacilles Gram négatif responsables de salmonelloses. (Famille des entérobactériacées.) » Il existe plusieurs espèces et types de salmonelle. La maladie provoquée par cette bactérie s’appelle la salmonellose. Il existe plusieurs variétés de salmonelloses. Elles se déclarent le plus souvent par ingestion d’aliments comme : des fruits de mer crus ou insuffisamment cuits, du lait, des œufs crus, de la viande ou des volailles. La nourriture peut aussi être infectée lorsqu’elle est manipulée par des porteurs du germe.  Les salmonelloses frappent des individus par cas isolés ou prennent la forme d’épidémies.  Les symptômes de la maladie varient allant de la gastroentérite fébrile à l’infection généralisée.

Crédit Photo : 60 millions consommateurs

En 2016, 16 000 poules avaient été abattues à Taravao.

En 2017, 12 000 poules de la SCA Heia Tau Arii ont été abattues par mesure de précaution. La ferme avicole de Jean-Pierre Sangue était la troisième du Fenua à avoir été placée sous surveillance depuis la fin d’année 2016.

La semaine dernière (juin 2019), de nouveaux cas de salmonellose ont été à nouveau détectés à Huahine. Les résultats de l’enquête montrent que toutes ces personnes ont consommé un produit à base d’œufs non cuits de la marque « Les extras de la presqu’île » issus de l’élevage de pondeuses « SCEAP Taravao » (numéro d’agrément figurant sur la boîte d’œufs : n° 2035 PF) et que cet élevage est infecté par Salmonella enteritidis « .

https://www.tntv.pf/Salmonellose-visite-au-coeur-de-l-exploitation-suspectee_a32752.html

 

SALMONELLOSE et ÉLEVAGE INTENSIF

L’élevage intensif favorise la présence de salmonelles selon l’EFSA (L’Autorité européenne de sécurité des aliments) et des chercheurs de l’AFSSA (Agence Française de sécurité des produits alimentaires)

Un rapport de l’EFSA de 2007 concernant la prévalence de salmonelles dans les exploitation de poules pondeuses (3) établit que : « La production en cage a été associée à un risque d’infection plus élevé que pour les autres modes de production. Cependant, par rapport aux autres modes d’élevage, la production en cage était associée à des troupeaux de plus grande taille. En moyenne, les troupeaux biologiques étaient les plus petits, tandis que ceux élevés au sol ou en plein air étaient de taille faible à moyenne. Par conséquent, le mode d’élevage en cage ainsi qu’une taille de troupeau plus importante étaient associés à un risque supérieur d’infection. Il n’a toutefois pas été possible de déterminer lequel de ces deux facteurs était un véritable facteur de risque de positivité. »

Une communication de scientifiques de l’AFSSA sur l’évolution des risques sanitaires liés aux campylobacter et salmonelles (4) indique quant à elle que : « … le mode d’élevage (cage/sol) et la taille des exploitations restent parmi les facteurs de risque essentiels en poules pondeuses… »

Une analyse de l’EFSA de 2008 sur la prévalence de Salmonella dans les troupeaux de dindes dans l’UE (5) précise que : « Le risque d’infection à Salmonella augmentait parallèlement à l’augmentation des dindes dans l’exploitation.«

CONCLUSION

La réduction de la taille des élevages, qui s’accorde avec l’encouragement d’une baisse de la consommation de viande et de sous-produits animaux, est encore taboue. Pourtant, l’impact de la surconsommation de produits animaux sur l’environnement, la sous-alimentation humaine, les risques sanitaires et la souffrance animale est aujourd’hui incontestable (6). Il est regrettable de constater que des intérêts économiques priment encore sur l’intérêt général à l’heure actuelle (7). A nous consommateurs, de réfléchir à nos modes de consommation et à leurs conséquences sanitaires, environnementales et éthiques, et de faire des choix responsables et éthiques.

Réale

Notes de bas de page :

(1) : https://www.l214.com/elevage-intensif-poules-pondeuses

(2) http://www.assemblee.pf/travaux/downloadTexte/1281479

(3) « Rapport du groupe de travail sur la collecte de données relatives aux zoonoses concernant l’analyse de l’étude de référence sur la prévalence de Salmonella dans les exploitations de poules pondeuses Gallus gallus « , EFSA, 20 février 2007.
http://www.efsa.europa.eu/fr/efsajournal/pub/97r.htm

(4) Salvat G., Chemaly M., Denis M., Robinault C., Huneau A., Le Bouquin S., Michel V., Fravalo P., « Evolution des risques sanitaires : campylobacter et salmonelles », 12e Journées des  » Sciences du Muscle et technologie des viandes », 8 et 9 octobre 2008, Tours, p.198.
http://tinyurl.com/ycqwppz

(5) « Analyse de l’étude de référence sur la prévalence de Salmonella dans les troupeaux de dindes dans l’UE, en 2006-2007 », EFSA, 10 octobre 2008.
http://www.efsa.europa.eu/fr/scdocs/scdoc/198r.htm

(6) Cf. https://www.viande.info

(7) : https://www.l214.com/communications/elevages-intensifs-bacteries

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *