CÉDRIC WANE, ATHLÈTE VEGAN

PORTRAIT CEDRIC

En tant que représentante de l’AVF (Association Végétarienne de France) en Polynésie française, j’ai souhaité rencontrer un athlète local qui allie parfaitement végétarisme et performances sportives. Zoom sur CÉDRIC WANE cette semaine dans Green Zone Tahiti!

Présentation rapide

WANE Cédric

Age : 30 ans

Emploi : Manager Café Maeva

Parcours professionnel: Licence de mathématiques aux États Unis où il a été triathlète professionnel pendant 1 an ½. Puis retour à Tahiti en 2011. En cours: Un projet avec Kader Touati qui l’entraîne depuis 2015 et la multiplication de ses performances sportives dont la dernière:

Xterra Motatapu le 6 mars 2016 : 3ème place au scratch. 1ère dans la catégorie sur le podium dans la catégorie des 30-34 ans sur 64 km (2Km en natation, 47km en VTT et 15km en Trail)

Objectifs : Xterra Tahiti le 14 Mai / XTerra d’Hawaï en octobre.

1/ Après un parcours professionnel en triathlon aux États Unis, tu as poursuivi la course à pied à ton retour en 2011 et multiplié les victoires depuis 2015. C’est ton père qui t’a transmis cette passion ?

Oui c’est lui qui a mis le feu aux poudres et moi je n’ai fait que rajouter le charbon ! Il a su m’orienter vers des milieux géographiques comme la ville de Boulder dans L’État du Colorado propice à mon développement en tant qu’athlète « naturel ». Cet endroit reçoit de multiples compétitions toute l’année et est connu pour être un endroit Vegan, végétarien. D’ailleurs quand tu es carnivore là-bas, tu es vu comme dans la minorité ! Mon père a donc bien fait de m’y orienter car avant ça, je mangeais n’importe quoi ! C’était tout naturel dans cet environnement de devenir ce que je suis aujourd’huiVICTOIRE CEDRIC WANE

2/ Tu fais partie de ces athlètes végétariens qui écornent le mythe de l’indispensable protéine animale pour la performance sportive. Depuis quand es-tu végétarien ?

Ça fait environ 6 mois que je suis végétalien (absence de consommation de chair animale et de sous-produits animaliers comme les produits laitiers et les œufs) et 4 ans que j’ai arrêté la viande. Cela a donc été progressif et je suis devenu végétalien progressivement.

3/ Qu’est ce qui t’a poussé à devenir végétalien ?

Je me sens beaucoup mieux honnêtement, je récupère mieux. J’ai moins mal aux articulations et aux genoux. La protéine animale génère de l’acide urique qui se dépose dans les articulations et ça va mieux depuis que j’ai arrêté la viande rouge il y a 4 ans. A force de lire des articles universitaires, j’ai été convaincu qu’on pouvait très bien évoluer en tant qu’athlète d’endurance en évitant les protéines animales; et les performances sont meilleures avec pratiquement le même nombre d’heures d’entraînement. Tu dors mieux, tu récupères mieux, t’as moins de courbatures… C’est impossible de ne pas être meilleur au niveau physiologique et biologique en étant végétalien… J’en suis convaincu.

MOOREA NATATION

4/ C’est donc la constatation de l’amélioration de tes performances physiques et sportives qui t’a poussé à devenir végétarien puis végétalien ?

Oui, dans un premier temps. Et à cela s’ajoute le discours écologique/ environnemental par derrière qui boucle la boucle ! On sait par exemple que l’industrie qui consomme le plus d’eau est l’agriculture, mais il y a aussi l’élevage industriel : ce dernier produisant beaucoup de CO2, de méthane. Ces arguments, plus éloignés de la nutrition, ont fini de me convaincre de devenir végétarien puis végétalien. C’est pas que pour moi, c’est vraiment aussi pour l’environnement.

5/ Les sportifs pensent toujours que absence de viande = fonte musculaire et manque d’énergie. Que peux-tu répondre à cela ?

J’aime bien donner l’image du gorille ! Un gorille, c’est un végétarien qui ne va pas se commander un steak-frites au milieu de la jungle ! Il passe sa journée à bouffer des pousses de Bambou ! Or c’est un powerlifter naturel et pourtant il n’y a pas de protéine animale ! Cela prouve que dans le monde végétal, il y a des acides aminés, des protéines, faut juste savoir où elles se trouvent. Idem les chevaux, hyper vasculaires, veineux, hyper puissants qui courent à plus de 60km/h…Et ça broute de l’herbe un cheval ! Ça ne mange pas de T-Bone !

CEDRIC WANE 2

6/ Quel est ton programme alimentaire ?

Ça varie énormément car j’essaye de me faire plaisir. A tous mes repas j’ai des oléagineux et des légumineuses pour m’assurer un apport en protéines. J’essaye d’incorporer de plus en plus la catégorie des lacto-fermentés pour ma flore intestinale. A part ça, vraiment beaucoup d’oléagineux et de protéines végétales. Au niveau des desserts, je fais moi-même des desserts Vegan pour me faire plaisir !

7/ Justement, tu partages ta vision de l’alimentation au Café Maeva situé au 1er étage du marché de Papeete. Que peut-on y trouver au menu ?

Alors au menu, « malheureusement » on sert toujours les poissons crus et les grillades de mahi-mahi qui répondent aux saveurs locales ; il y a aussi des frites de uru, frites de taro, purée de patates douce. Autrement on a une vitrine qui est consacrée tous les jours à 6 ou 7 salades végétariennes; elles changent tous les jours en fonction de l’approvisionnement de notre agriculteur BIO avec qui on est en partenariat. Avec la saison des pluies on n’a pas beaucoup de salades, on passe par exemple aux patates douces… Et tous les jours je fais moi-même les desserts Vegan en fonction de l’approvisionnement : un coup j’ai des bananes, un coup j’arrive à choper des potirons. Au niveau des salades et des desserts Vegan, j’essaye de casser les préjugés des gens qui voient une salade qui apparaît dans leur esprit quand ils veulent perdre du poids, avec un goût acide… Ils se crispent déjà et sont déjà frustrés dès le démarrage ! Alors que c’est faux ! C’est possible de se faire plaisir au niveau gustatif  tout en consommant quelque chose de bon pour la santé. C’est possible ! C’est juste que Tahiti est un peu en retard par rapport au reste du monde, aux États-Unis, à la Nouvelle-Zélande par exemple… Mais c’est possible. On peut nourrir son corps de façon naturelle, être en forme et que ce soit bon !

8/ Tu valorises les produits locaux d’origine végétale. Que penses-tu de l’utilisation massive des pesticides dans l’agriculture aujourd’hui ?

On essaye d’éliminer les pesticides en faisant tremper les salades ou les tomates dans de l’eau avec du vinaigre blanc. On essaye autant que possible de s’approvisionner avec des agriculteurs qui font du BIO. C’est pas toujours facile avec les intempéries qu’on a eu et au niveau du prix il faut que je m’y retrouve…C’est sûr que les pesticides c’est un fléau mondial, et pas qu’à Tahiti! Et on sera obligé de passer à de l’agroforesterie et de stopper les monocultures pour arrêter ce fléau à un moment donné. C’est déplorable.

9/ Tu adores la nature et tu es souvent en communion avec elle. Es-tu un fervent défenseur de l’environnement ?

Pas forcément défenseur au 1er degré mais de part mes actions : en incitant les gens à consommer végétarien, sans pesticide, on vote contre la déforestation et pour l’environnement par exemple. Mais je ne serai pas forcément celui qui organisera des manifestations ou nettoiera les plages. J’essaye de trouver des applications Business en fait que ce soit un peu rentable.

10/ Tu pratiques aussi la méditation et es, tout comme nous à Red Zone, sensible à une vision globale du bien-être. As-tu l’impression d’aller à contre-courant de cette société ?

De toute façon, quand tu es pionnier, tu es hors de la communauté, de la moyenne qui est « triste ». Il ne faut pas non plus être extrémiste mais je pense que si tu fais les choses différemment par rapport à la majeure partie de la population, il y a forcément un potentiel. Il faut essayer d’innover au niveau de l’alimentation, de soi-même, du business, mais aussi dans nos attitudes. Mais comme on vit dans une société de consommation, la plupart des gens tombent dans ce brassage médiatique (publicités, consommation)… Sortir de ce cercle de consommation fait de nous un « outlier ». Mais pour moi il faut continuer à aller à contre-courant, car de toute façon, ce sont mes croyances que je partage avec beaucoup d’autres, comme toi Réale, et tant qu’il s’agit de croyances profondes, que tu sois dans la moyenne de la population ou a contre-courant, tu ne peux pas te comporter autrement par rapport à tes croyances. Tu auras beau dire ce que tu veux, les gens vont regarder ce que tu fais, et non pas ce que tu dis, et ce que tu fais est forcément en ligne avec tes croyances.

Tahiti central sport athlétisme

12/ Quel message aimerais-tu diffuser pour sensibiliser comme nous le faisons à un monde meilleur en pleine forme ?

On vit dans une société digitalisée où on se dit connecté via des écrans alors qu’en vrai j’ai l’impression  qu’on est déconnecté. Les gens ne savent pas vraiment tenir des conversations. Avant d’être digital, on est des humains ! On a des corps, des jambes et je trouve déplorable de voir beaucoup de jeunes qui passent la majeure partie de leur temps le nez dans le téléphone. Ils pourraient poser le téléphone et aller marcher dans la nature. Je sais bien qu’au niveau professionnel on est scotché devant nos écrans qui sont notre bureau ! C’est pratique c’est sûr. Mais au niveau de la jeunesse, je trouve qu’ils perdent beaucoup de temps et sont déconnectés d’autrui alors qu’ils pourraient s’ancrer en eux-mêmes, via la méditation, et puis avec l’autre en sortant et en laissant le téléphone ! Le bien-être c’est le sport mais pas seulement. La marche dehors permet aussi de se déconnecter de tout et de ne pas avoir peur de faire face à soi-même. Les jeunes qui sont face à leur téléphone n’arrivent pas à faire face à eux-mêmes. Ils n’arrivent pas à être seuls dans une salle, à se regarder dans un miroir et se demander : qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce que je suis ? Qu’est-ce que je fais demain ? Ils sont tout le temps en train d’essayer de grappiller n’importe quelle distraction : la télé, le téléphone, Facebook…Pour moi il faut avoir le courage de couper tout ça et de faire face à soi-même et une des façons les plus simples de le faire est d’aller marcher et de sortir dans la nature.

Merci Cédric d’avoir pris le temps de répondre à nos questions

A bientôt dans notre Green Zone!

Réale

Crédit Photo couverture: Tahiti-infos.com

5 Responses to CÉDRIC WANE, ATHLÈTE VEGAN

  1. Amandine dit :

    Super interview ! Bravo à Cédric, c’est un bel exemple pour les sportifs qui veulent devenir végétariens. C’est vrai que depuis que j’ai arrêté la viande, j’ai peu de courbatures même avec les entrainements intenses de va’a.

    • Franck dit :

      Sympa comme interview,
      je ne reviendrai pas sur l’aspect « vegan » et sa démarche personnelle qui est intéressante sans être unique, mais un point du parcours pro de Cédric m’interpelle. J’ai lu et entendu « triathlète professionnel » … sur quel circuit ? Dans quel cadre ? Car connaissant plutôt bien le triathlon et le niveau de Cédric, c’est plutôt surprenant. D’une part, les triathlètes qui vivent de leur passion sont rares et d’autre part Cédric est un bon sportif local, mais son niveau ne lui permet pour l’instant pas d’atteindre un niveau national en triathlon … peut-on avoir un éclairage sur cette information ?
      Merci.

      • reale dit :

        Bonjour Franck. Nous laissons le soin à Cédric de te répondre concernant la question sur son parcours en tant que triathlète aux États-Unis. Il est très certainement la meilleure personne placée pour le faire! Excellente fin de journée à toi. Réale

  2. Cedric Wane dit :

    Bonjour Franck ! bonne question que la tienne! alors, quand j’étais aux USA en triathlon à l’université, je n’avais aucun lien avec la fédération française de triathlon. Mais ça ne m’a pas empêché d’avoir une carte « Elite License » dont les critères sont ici (file:///C:/Users/client/Desktop/2016%20Elite%20License%20Qualification%20Criteria.pdf) et sont hyper simple: en gros pour être considéré Pro aux usa, il suffit que tu finisses dans 8% du temps du vainqueur à un triathlon avec label USAT ayant une cagnotte d’argent de minimum 5000 dollars. Avec ça, tu as ta carte pro pendant 3ans. Très facil à avoir quelle que soit ta nationalité donc moi j’ai tenté le coup pendant 1 an et demi mais je n’y gagnais rien puisque j’avais un niveau largement en dessous des autres élites aux usa. Et il n’y avait pas de circuit spécifique, je faisais de tout, des triathlons avec 100 partcipants comme à d’autres à 800 et avec Prize Money. Voilà, rien de sorcier.

    • Franck dit :

      Ok Cédric,
      Là c’est plus clair. J’ai eu aussi une licence USAT (après plusieurs années FFTri) sans mettre un pied aux US ! Ce que je trouve dommage c’est de mettre en avant cette dénomination « pro » qui, dans l’esprit des non-initiés, est assimilé au « haut niveau » … ce qui n’est pas le cas, tu en conviendras avec moi.
      @+ sur une course peut-être …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *